Irlande 2003 - 1698 km

Publié le par Dominique 92

8 juillet - Paris-Dublin

L’avion emmène le vélo empaqueté dans son carton et son passager. A la réception des bagages tout est là, y compris une pédale qui tombe au pied du carton. Chance qu’elle ne soit pas tombée ailleurs.  Transfert en voiture, quel luxe, pour rejoindre le gîte de ce soir dans la famille du neveu irlandais.

 

9 juillet  - Dublin-Enniscorthy – 113 km

Départ sous le soleil. Il disparaît  peu après dans les nuages très bas qui se transforment en fines gouttelettes. Le vent, contre, assèche vite les vêtements et la route. Au fait : rouler à gauche est difficile, et encore plus les sens giratoires. Souvent, en l’absence de voitures, le vélo est à droite, mais oui, et une gentille voiture le rappelle à l’ordre. A la sortie de Enniskerry, un panneau indique Glensdalough, le 1er haut lieu touristique. Une petite route blanche sur la carte oblige à mettre le petit plateau pour accéder au grand plateau, sauvage et désert. La route devient encore plus étroite. A noter que de façon générale les routes sont en bon état, mais souvent très étroites, bordées par des murettes de pierre. Pas de bas-coté et pas de place pour le vélo lorsque deux voitures se croisent. Le délégué sécurité du 92 veille à sa … sécurité. La pluie menace, chassée sans cesse par le fort vent toujours contre. Arrivée trop tôt à Enniscorthy, il est pile 14 heures. Le gîte du soir est vite trouvé. Ici a été hébergé le Tour de France en 1998, lors de son étape irlandaise. Belle petite bourgade : château fort, église néogothique du XIXème siècle du célèbre Auguste Welby Pugin, auteur de telles bâtisses dans toute l’Irlande. Impressionnant, mais guère séduisant.

 

10 juillet – Enniskorty- Dungarvan – 116 km

Départ de nouveau sous un ciel sombre. A New Ross, une curiosité : un voilier, reproduction de l’un de ceux qui a transporté au XIXème siècle les émigrants irlandais, chassés de leur pays par la famine, due à une maladie de la pomme de terre. A Waterford, la pluie arrive … enfin. Peu d’intérêt touristique. A Tramore, le vent chasse enfin la pluie. Le ciel bleu inonde soleil la route côtière. Splendide, avec le petit plateau qui permet d’aller d’une falaise à l’autre. Arrivée à Dungarvan. L’auberge a été réservée la veille. Comme tout au long du circuit, elle fait partie de la chaîne des auberges dites de jeunesse. Plutôt des gîtes d’étapes pour les randonneurs de tous âges et de toutes nationalités. Super-confortables et «économiques ». Visite du port et du cimetière, jonché de pierres tombales de granit, surmontées de croix celtiques de pierre ou d’acier rouillé.

 

11 juillet – Dungarvan-Clonalkilty – 155 km

Dès les premiers mètres, la N 25 escalade les Drum Hills (montagnes de rêve ?). Ca monte, ça monte, et le vent est encore contre. Petit crochet pour Ardmore au bord de l’eau : on s’y baigne, on s’y baignerait. D’autant que le soleil brille de tous cotés. Les nuages sont hauts, et il commence à faire – presque – chaud. La RN 25 (tranquillisez-vous, elle est peu fréquentée) enjambe le large estuaire de la River Blackwater, l’eau noire de la nuit des temps : aujourd’hui, l’eau n’est pas noire. La N 25,  d’abord étroite, se transforme bien avant Cork en voie rapide. Mais c’est mieux, car il y a enfin des bas-cotés. Visite de la 2ème ville irlandaise. Comparée à Venise, car elle est traversée de canaux. Ville haute d’un coté de la rivière, ville basse en face, un peu comme Buda et Pest. A la sortie de la ville, pas d’autre route que celle qui mène à l’aéroport. Trafic dense. Aussitôt après, c’est de nouveau paisible, la chaussée est neuve et élargie. Financée par l’Europe. Kinsale : port des car ferries. A la sortie de Kinsale, la R 600 part à l’assaut du haut plateau. Tout trafic ou presque disparaît. Route bucolique. Elle « échoue » dans la profonde baie de Timoléague. Avec le soleil, cela fait penser aux plages bretonnes. Dans cette bourgade, la splendeur : l’abbaye franciscaine. Les fières ruines sont debout, ou remontées. Cours intérieures parsemées de tombes et de sépultures anciennes ou récentes. Dernier – petit – effort pour Clonalkilty. Ici aussi, l’auberge est réservée depuis la veille, grâce à l’amabilité habituelle des hôtes. Bourgade ultra-calme. La rue est bordée de boutiques avec les  devantures de bois aux multiples couleurs. A noter en Irlande : les corbeaux remplacent les mouettes, les portails devant les demeures, ou sont ouverts, ou sont … inexistants. Heureux pays qui ignore se claquemurer. A l’inverse des pays latins.

 

12 juillet – Clonalkilty-Kenmare – 143 km

Etape de rêve. Le ciel est gris, le plafond est haut, pas de risque de pluie. La N. 71 est trouvée sans difficulté. Elle monte légèrement pour redescendre, comme à Ballydehob, vers les innombrables criques, baies, rias, qui sentent bon le varech et les algues, comme en Bretagne ou sur la côte cantabrique. La N 71 devient ensuite après le contournement de la Dunmanus Bay, solitaire et sauvage, pas le moindre bruit de moteur ne vient troubler le cycliste. De Bantry à Glengariff, la bordure de la Bantry Bay est de tout repos. D’autant plus que le vent depuis Bantry est enfin devenu favorable. Pic-nique à Glengariff. Tout est plié, quand, oh ! stupeur, un VVTiste tout de noir vêtu double et fonce vers l’ouest. Il est rattrapé quelques centaines de mètres plus loin.  1ers mots en anglais, puis en allemand, car il est allemand. Il propose un détour par le célèbre Healy Pass. Le col de la journée, si redouté paraît-il, se laisse monter sans peine et sans le petit plateau. Plusieurs haltes pour les photos.

 

13 juillet – Kenmare-Killogin – 156 km

En route pour le Ring Kerry, étape ajoutée au programme, à cause de l’ erreur d’une journée de la feuille de route. Début brumeux, léger crachin qui semble s’installer pour la journée. Veste de pluie mise et enlevée 3 ou 4 fois. Et puis la sombre voûte céleste se dégage. De village en port, la route est déserte en ce dimanche matin. Magasin ouvert à Waterville. Les victuailles sont achetées pour le pique nique et pour la fully equipped kitchen de l’auberge de ce soir. Détour supplémentaire pour la pointe de la St Finan’s Bay. Halte au bord de la baie. Il faut bien un apport nutritif pour gravir les hauts de Portmagee. La pente doit bien atteindre 20% dans les derniers mètres. Pour la seule et unique fois, il faut mettre pied à terre. La descente est raide aussi, et les freins ont du mal à ralentir la course. Quelle douceur ensuite le long de la petite route qui longe et relonge la Dingle Bay. Arrivée à 17 heures à Killorglin. Le gîte, réservé la veille,  est difficile à trouver, à deux kilomètres du centre de la petite ville. De la terrasse, vue sur les Slieve Mish Mountains, sombres sous leur coiffe de brume. Dans la brasserie, une Guiness bien fraîche, et le gîte du lendemain est réservé par le patron.

 

14 juillet – Killorgin-Kilrush – 141 km

Météo favorable. : voûte nuageuse élevée, vent du sud. La rallonge décidée hier peut être entreprise : détour par Anascau-Gamp. Que la côte est belle ! Avant la presqu’île de Inch, une immense crique de sable blond, au creux de la Dingle Bay. Pour le bain, ce sera pour une autre fois. Comme d’habitude, la montée vers les cimes s’accompagne d’un brouillard dense qui se transforme en une fine bruine. Cette bruine a une qualité remarquable : elle ne mouille que la route et un peu les pieds. La veste de pluie, jaune, est une excellente protection à l’égard des rares automobilistes. Il faut souligner une fois de plus l’extrême courtoisie des conducteurs. En raison de l’étroitesse de le route, ils doublent le cycliste en se déportant tout à droite. La bruine, ou crachin breton, semble bien installée. Et bien, non. Dans la descente vers les rives de la Tralee Bay, l’humidité disparaît. Le soleil n’arrive pas cependant à percer, mais il n’est pas loin, car les paysages deviennent presque lumineux. Arrêt à Ardfert : splendide cathédrale des premiers temps de la christianisation de l’Eire, seule manque la toiture. Autre arrêt un peu plus loin pour la Ratoo Round Tower : semblable à beaucoup d’autres tours érigées dans les enclos paroissiaux. Refuges en cas d’agression. Le bac de Trabert pour la traversée de la River Shannon, est attrapé au pied levé, comme en Norvège (juillet 1999). Le gîte de Kilrush est super-sympa. Il réserve par prudence la nuit de demain à Galway où a lieu un festival de musique rock.

 

15 juillet – Kilrush-Galway – 156 km

Départ de nouveau dans la brume après avoir quitté le cycliste nouveau-zélandais de Wellington. Après moult hésitations, la rallonge vers la cote par Kilkee est empruntée, un peu par erreur. Le petit port de Quitty est pittoresque, avec son église Star of the See et sa maquette d’un bateau de pêche nantais qui a fait naufrage au large au XIXème siècle. Les Cliffs of Moher se font attendre avec impatience. Le petit plateau  est mis à contribution. Au bord des vertigineuses falaises, la vue se perd dans la brume qui se noie dans l’écume de l’océan. Au loin probablement, le chapelet des îles Aran. Sur les terres, les parkings avec les autobus et véhicules motorisés qui amènent les cohortes de touristes. Revenu au bord de l’eau, une énorme marche domine une chaussée de géant, avec des pavés à la mesure de leurs pieds, taillés dans le roc et policés par l’usure des flots. Après Black Head, la route longe le fond vaseux de la Galway Bay. Contourne par erreur la Corcomoroe Abbey. Arrêt au pied de la tour-maison du XVIIIème siècle de Dunguaire. La ville de Galway est atteinte, avec son auberge confortable en plein centre.

 

16 juillet – Galway- Kylemore (Lettertrack) – 146 km

Avant de quitter Galway endormie, un rapide tour de ville. Canaux et rivières s’enchevêtrent. Imposante cathédrale néogothique comme beaucoup des Irland Churchs. La voûte nuageuse est haute et le vent favorable. A 30 km, détour pour le château fort de Aughnakure du XXème siècle. Le parc naturel du Connemara est impressionnant par la solitude désolée : lacs, forêts de pinèdes, maigres pâturages. Les moutons viennent brouter au bord de la route, sans crainte des véhicules. Il faut rebrousser chemin pour revenir à Recess et acheter des provisions pour midi, car le pays semble ensuite désert. Deux randonneurs pédestres de Toulouse ont le même objectif de la journée que le cycliste, mais en coupant à travers la péninsule. Bonne route et à ce soir ! La route oblique trop tôt à gauche pour la presqu’île hors programme de Ballyconneely. La bonne route est rejointe à Cashel. Toombeola est sur la carte de la sacoche avant, mais non sur les panneaux, car ils sont inexistants. Seul compte le sens de l’orientation. Une boussole aurait été bien utile. Le contournement de la presqu’île suivante est laborieux. A peine un coup d’œil sur le port de Roundstone, lové au cœur des roches, dominé, comme son nom l’indique, par un piton abrupt, haut de 300 mètres. De son sommet, les nuages gagnent inexorablement l’océan. Symbole de l’Irlande, où les trois éléments, l’eau, le ciel et la terre, ne cessent de se mélanger. Origine de notre planète ? Le vent souffle fort et contre de l’ouest. La remontée vers Clifden plus abritée et moins rude redonne du courage. La ville portuaire est inondée, comme annoncé par les plaquettes touristiques, par les … touristes. Quelques kilomètres seulement pour la prestigieuse Sky Road, la route du soleil. Il est tard. Le but ultime (de cette journée) est l’abbaye de Kylemore. Elle est à 5 kilomètres après le gîte de ce soir. Un rapide aller-retour permet d’en admirer le site romantique. Du lac au bord duquel elle se reflète, les brumes vespérales, telles des effluves, escalent les monts boisés dans lesquels se perdent les pensées imaginaires.  Ce soir, le feu de bois de l’auberge du siècle dernier réchauffe le corps, à l’abri de la pluie et de la froidure du dehors. 

 

17 juillet – Kylemore-Easky – 146 km

Il pleut ce matin, comme il a plu toute la nuit. Le vélo est sorti du sac qui a servi d’abri dehors sous la gouttière. L’auberge et le somptueux petit déjeuner préparé par l’original patron sont quittés avec regret. Comme souvent à l’heure du départ, la pluie cesse. Encore un arrêt pour une photo de l’abbaye de laquelle s’échappe les lambeaux de brume. Autre arrêt peu après pour aller à pied aux bord des Aalsleag Falls. Westport au creux de la baie du même nom est vite traversée. La kyrielle des lacs reprend, hélas dans la grisaille jusqu’à Castebar. Une église fermée en est le seul monument. Après Pontoon, l’immense lac de Lough Conn est longé, mais le temps sombre empêche d’en voir les panoramas cités sur la carte. De plus, les rives sont inaccessibles. Ballina dépassée, la bruine devient pluie. Dommage pour la Kilala Bay. Il est temps d’arriver. Le gîte, fréquenté par les surfeurs de la célèbre station à la belle saison, ou plutôt par les beaux jours, est presque vide.

 

18 juillet – Easky-Castle Archdale – 149 km

A 8 heures, la pluie de la nuit cesse et le ciel est sombre. A peine sur le vélo, tout change. Au loin, des nuées blanches comme neige font espérer une journée plus claire. Quelques minutes d’arrêt à Sligo pour l’abbaye aux pierres presque noires. Petit détour pour joindre Bundoran : au lieu de la route côtière, la route intérieure pour Parke’s Castle. Enfin le soleil brille entre les rapides passages nuageux. Le château résidence du XVIIème siècle se mire dans les rives du Lough Gill. Deux possibilités pour gagner Budoran : le plus long par Dromehaire, le plus court par Lurganboy. La route vers Lurganboy devient impraticable. Il faut passer à l’est par Manorhamitton, puis remonter au nord. Consolation du crochet : la R 280 est belle et reposante. Elle passe au creux de ce qui a pu être un énorme canyon dont les falaises abruptes s’étendent à perte de vue des deux cotés. Pause déjeuner dans la célèbre station balnéaire. L’un des seuls lieux défigurés par le grand tourisme : constructions à même de la falaise en surplomb de la plage. Sur la plage de sable parsemée de roches, seuls les enfants, ici comme ailleurs, osent goûter des joies du bain. En route pour l’Ulster. Pas de poste frontière. Seuls changent les enseignes des magasins et des banques. Belle trajectoire presque rectiligne qui longe une autre mer intérieure : le Lower lough Erne. Au fait : ce n’est plus la Communauté européenne. Il faut des livres, irlandaises de surcroît. Trop tard : plus de banques ouvertes. Il va falloir négocier avec les euros. L’auberge de ce soir n’est pas loin. Mais longues recherches à travers un parc naturel, le Millenium Park, célèbre par les essences rares de ses arbres, pour la trouver enfin : aménagée dans les dépendances d’une résidence devenue musée.

 

19 juillet – Castle Archdale-Kells – 137 km

Une fois de plus, il a plu toute la nuit, et, comme d’habitude, à 8 heures il ne pleut plus. La résidence d’un soir est quittée, presque vide, sans les randonneurs internationaux rencontrés dans l’Eire. L’Ulster est quittée aussi sans y laisser un penny. Les euros sont acceptés, mais la monnaie est rendue en monnaie locale. Le trajet de ce jour s’annonce court et facile. Il devient de plus en plus difficile. Après Enniskillen et Casttle Coole, impossible de trouver la B 514. La route rouge A 4 est empruntée pour joindre Lisnaskea. La petite B 127 traverse par un grand pont le Upper lough Erne, autre mer intérieure. C’est ensuite l’horreur : la N 3 qui rejoint l’Ulster à Dublin. Il y a bien une route parallèle : ça va bien jusqu’à Balleyjamesduff. Ensuite le désastre : plus de panneaux, ni sur la route, ni à l’entrée des villages. X fois, la direction est demandée aux autochtones. Enfin à Lisduff, la N 3 honnie il y a peu est retrouvée. Mais le vent souffle violemment contre, et la marche vers le sud est freinée. Kells n’est plus loin. Le gîte du soir offre son repos tant attendu.

 

20 juillet – Kells-Dublin (Foxrock) – 140 km

L’auberge super-confortable avec ses touristes français est quittée avec regret. La météo est favorable : ciel gris, vent légèrement contre. L’objectif de cette journée est principalement touristique. Aussi le trajet initial est-il très court : 81  km. La petite route secondaire, la R 163, est vite trouvée. A Slane, la N 2 pas trop fréquentée permet d’aller à la Old Mellifont Abbey. Enclos où subsiste presque debout le baptistère octogonal franciscain. Nouvelle halte à Monasterboice : une autre « round tower » et les croix celtiques, dont l’une la plus monumentale d’Irlande, dressées au pied des tombes. La recherche du troisième haut lieu touristique, à Newgrange,  est plus difficile. Après Drogheda, brutale averse et itinéraire impossible à trouver. Les indications sont ou absentes ou contradictoires. Après tours et détours, est enfin atteint le point d’accueil pour la visite des tumulus funéraires de l’âge de pierre. Deux à trois heures d’attente. Une demi-heure est gagnée en parlementant avec le chauffeur du minibus qui conduit les cohortes de touristes, peut-être les mêmes que celles des Cliffs of Moher. Long périple commenté en anglais of course. Il est déjà 4 heures, et il reste à rejoindre le point de chute de ce soir, à 10 km au sud de Dublin. Nouveau retard : une crevaison, la seule à ce jour. Après la traversée de Dublin, nouvelle difficulté pour trouver la N 11 qui doit mener à l’étape ultime. Tout compte fait, les 86 km prévus sont devenus 140.

 

21 juillet – Foxroth-Howth – 81 km

Supplément au programme : aller-retour pour escalader le rocher de Howth, au nord de Dublin. Du haut de la presqu’île, la vue s’étend sur la majestueuse baie de Dublin.

Le 22 juillet, l’avion s’envole au-dessus de la capitale irlandaise pour retrouver le continent européen.  Ultime adieu à l’Irlande, à tous ses paysages, à ses sites et à tous ceux qui ont accueilli le randonneur au long du splendide périple cycliste de presque 1700 km.

Dominique PLOUX

Publié dans Comptes-rendus

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