Algérie Nord Centre décembre 2010 janvier 2011

Publié le par Dominique 92

 

 Algérie - 22 décembre 2010 3 janvier 2011 – 717 km

 

 

 

Les préparatifs habituels sont achevés. Billet d’avion (304 euros) acheté depuis longtemps, le 16 octobre. Fait nouveau : le vélo et son carton (celui qui vient de Chypre) font moins de 23 kilos et sont gratuits. Merci à la Cie nationale. Les deux sacoches font moins de 10 kilos et seront bagages à main. Le visa (85 euros) a été obtenu au Consulat de Nanterre avec un certificat d’assurance. Selon Madame l’attachée consulaire, aucun problème de sécurité. Seul l’hôtel d’Alger a été réservé par téléphone et par courriel, après beaucoup de difficultés de liaison. Les autres hôtels repérés sur le guide (Le Petit Futé) pour les étapes n’ont pas l’internet, donc à la grâce de Allah, ou plutôt Inch Allah. L’état mécanique du vélo semble bon, mais réservera quelque surprise, voir plus loin.

 

22 décembre 2010 – Paris CDG Alger. Les airport-shuttle semblent avoir disparu. Heureusement un taxi utilisé au retour de l’Ecosse et qui, contrairement à beaucoup d’autres, accepte le carton à vélo, est à l’heure. Chance (merci Allah) que le départ soit entre deux vagues de neige, celles qui ont provoqué le b... à Roissy. A peine une heure de retard. A la recherche d’un taxi, les étrangers sont vite repérés : un changeur au noir a des liasses de billets. Change or not change ? Vrais ou faux billets ? Le cours est plus favorable que dans les guichets de l’aéroport. Allons-y pour 100 euros. Il faut ensuite choisir au petit bonheur de la chance parmi les nombreux taxis qui vous sollicitent. Pour quelques dinars de plus l’un deux accepte le carton. Et dans le taxi, nouvelle proposition de changer les euros contre les dinars : 200 euros. Il passe par des routes secondaires. Y aurait-il des « problèmes » par les grandes routes et autoroutes ? Arrivée pile-poile à l’hôtel Régina en plein centre ville, près de la Grande Poste, et aussi des rues Michelet et d’Isly et du boulevard Laferrière. Erreur : depuis quelques décades les noms de ces lieux ont changé. Après moult négociations, l’hôtel ou plutôt le patron accepte de garder le carton à vélo jusqu’au retour le 1er janvier.

 

23 décembre – Alger Alger – 32 km. Il pleut le matin, comme il a plu toute la nuit. Un peu de vélo l’après-midi. Première découverte de la capitale. Bab El-Oued, la décrépitude, ville européenne avec ses villas protégées, la Police partout présente. Mais les vendeurs à la sauvette sur les trottoirs et les changeurs au noir peuvent exercer leurs activités en toute liberté (pour le moment). Seule rencontre avec la Police : la photo d’une rampe (plus belle qu’à Montmartre) a du être supprimée. Elle sera reprise lors du retour à Alger.

 

24 décembre – Alger Zaouia – 145 km. Un départ dans le mauvais sens, vers l’ouest et non vers l’est. Le vent est terriblement contre. Erreur salutaire. Il vaut mieux faire demi-tour. Retour à Alger. Le vent devenu favorable permet d’avancer à toute allure, à condition d’éviter les routes boueuses de la pluie nocturne et les badauds au milieu de la chaussée. Crevaison à quelques kilomètres : chambre à air pincée, peut-être dans l’avion ? Le ciel est parsemé de nuages, parfois sombres. Après le temps perdu, juste une banane et un jus d’orange. Route plus ou moins côtière jusqu’à Dellys. Nombreux chevaux de frise, casemates et guérites à l’entrée et à la sortie des villages. Un petit salut aux militaires et le vélo passe en zigzag. Dure côte après Dellys. Le dérailleur ne veut plus descendre sur le 2ème plateau. Il faut monter à pied. Dans la descente, il revient enfin sur ce plateau.

Peu après la traversée de Dellys, ville portuaire encombrée, surprise : la route est barrée par l’Armée nationale, 20 kilomètres avant Tigzirt-sur-Mer prévue pour être l’étape du soir. Les militaires refusent obstinément de laisser passer le cycliste : opération de nettoyage anti-terroriste. Ils proposent un crochet de 35 km à l’intérieur de la Kabylie. Après quelques centaines de mètres la pente est trop rude, parfois à pied. Retour au barrage. Des autochtones disent qu’il n’y a pas d’hôtel à Dellys, mais peut-être de quoi dormir dans une station-service vers Dellys. Pas vu une telle station. Miracle au cours de la discussion : un Algérien propose de venir dans sa famille, à quelques mètres. Témoignage de l’accueil coranique. Logement refait à neuf, mais presque vide. La plomberie n’est pas encore posée. Conversation avec le grand-père. Il a travaillé longtemps en France. Examen des deux dérailleurs : les câbles sont usés, raison de la panne précédente. Allah est encore loué : deux câbles de rechange sont dans la sacoche. Avec l’aide de l’un des neveux, la réparation et les réglages sont vite effectués. Autre chance : une pluie violente arrive du large. Dîner sur la table basse. Crêpes, légumes et thé. Les deux petites filles vont rejoindre la chambre de la mère, invisible tout au long du séjour. Dans leur chambre, les banquettes sont libres, une pour le père, l’autre pour le cycliste. Telle est la soirée de Noël.

 

25 décembre – Zaouia Azzefoun  71 km – Minibus Azzefoun Bejaïa. Petit déjeuner matinal avec le thé, du pain et du beurre de la baratte de la ferme. Une autre route moins pentue pour contourner la zone de ratissage est indiquée par le père. Mais au lieu des 8 km annoncés, il faut bien en compter 25 pour monter à 881 mètres.

 

Encore des barrages. A l’un d’eux, un militaire demande le passeport. Il s’agit de vrais barrages, car il y aurait de faux barrages, bonjour les dégâts. Enfin la longue descente vers la mer et Azzefoun. La route côtière vers Bejaïa est ensuite fermée pour….travaux. Demi-tour. Il commence à être tard. Pique nique, puis recherche d’un car pour aller à Bejaïa. Deux ou trois minibus attendent les clients sur le port. L’un deux plus bonimenteur que les autres est choisi. 2000 dinars, soit 20 euros avec le vélo démonté. Cher mais ça ira pour les 90 km.

Plusieurs photos autour du cap Sigli et de la pointe Boulimat. Sauvages, avec les vagues écumantes de la mer démontée au pied des falaises.

 

Le chauffeur, après quelques bières en canette trouvées dans les dépôts au bord de la route, fonce tout droit vers l’hôtel repéré dans le guide. Cher, 2200 dinars, mais tout confort. Il est déjà 15 heures. Impossible de faire toute cette étape à vélo. De plus la route est parfois boueuse et défoncée, avec les inévitables contrôles de l’Armée.

Visite de la ville, anciennement Bougie. Le site qui domine le port est splendide, mais la ville à 90 % française sans grand intérêt. La Casbah est fermée. La batterie de l’appareil photos est à vide, le chargeur oublié à Paris. Une boutique à 50 mètres de l’hôtel permet d’acheter pour 150 dinars un chargeur de batterie ultra compact. Une chance de plus. Rares en ce soir du samedi 25 décembre sont les cafés, restaurants et resto rapides ouverts. En Algérie, il y a au moins trois jours fériés ou fermés par semaine : vendredi, samedi et dimanche. Ainsi se complètent les religions musulmane, juive et chrétienne.

 

 

26 décembre – Bejaïa Sétif. 33 km et autobus. L’étape prévue (92 km) était de joindre Bejaïa à Jigel, 90 km. La température est toujours fraîche. La mer est déchaînée, seule consolation, le vent favorable.  33 km après l’estuaire de l’oued Agrioun à Souk et Tnine, la route est défoncée, mais non fermée. Inutile de tout casser. Retour à la bourgade. Encore une chance : un « fourgon » qui va à Sétif accepte le vélo « plié » en quatre. Il loge à quelques centimètres près dans l’étroit coffre arrière. Vingt passagers au moins, y compris ceux assis sur des planchettes posées sur les sièges du couloir central. Les 76 km jusqu’à Sétif auraient été difficiles voire dangereux : montée tortueuse et continue jusqu’à 1160 mètres, intense trafic de poids lourds, bourgades obstruées par les piétons au milieu de la chaussée.

A Sétif, pas d’hôtel réservé, aucun n’avait l’internet. Petit hôtel vite trouvé en plein centre, pas cher : 1200 dinars. Visite de la ville sans grand intérêt. Ville de garnison française entourée de casernes. Célèbre par les soulèvements algériens du 1er et du 8 mai 1945. Plus de cents colons tués, plus de 20000 algériens victimes de la répression française (selon Georges Bidault). Aucune manifestation d’animosité à l’égard du cycliste. Il y a encore un petit théâtre style Napoléon III, construit pour les colons et les militaires, en bon état avec ses fauteuils de velours rouge, mais vide. Un cyber café est ouvert pour donner des nouvelles, mais il est bien lent.

 

7 décembre – Sétif Djemila Sétif – 102 km. Froid et neige fondue tout au long de l’autoroute de Constantine puis de la route nationale qui devient boueuse et qu’il faut quitter à  El Eulma pour Djemila. Halte déjeuner sur la terrasse de l’un des petits restaurants. Un peu de soleil à l’abri du vent. Puis montée ininterrompue toujours dans la boue pour atteindre Djemila à 950 mètres de hauteur. Le vélo est gardé dans la guérite à l’entrée. 25 dinars pour la visite des splendides ruines romaines et de son musée de mosaïques. Hélas, interdit d’y prendre des photos. Peu de touristes parmi les rues pavées, les arcs, dont l’arc de Caracalla, les portes, les temples et le théâtre. Au loin, la neige sur les cimes qui culminent à 1462 mètres.

Au retour vers Sétif, descente prudente car la boue empêche de freiner.

A Sétif, uns seule hâte : trouver uns station service pour laver le vélo. Il y en a une, mais pas d’eau. La 2ème fonctionne avec un jet d’eau sous pression. Il eut été impossible de nettoyer la machine avec un sceau d’eau. La boue rouge colle aussi aux vêtements.

 

28 décembre – Sétif Alger avec le train.  Etape prévue sans vélo, mais avec un jour d’avance. Y aura-t-il une chambre dans le même hôtel ? D’après les renseignements demandés, car non affichés, la loco Diesel venant de Constantine doit partir à 8h30. Au guichet, l’agent informe que la loco est en panne à Constantine. Il faudra attendre et attendre, sans savoir quand elle arrivera. Le téléphone arabe transmet la durée variable de la panne. Après trois heures de retard, elle arrive enfin. Presque vide, toute la place pour y mettre le vélo. Toujours autonome, les provisions permettent de piqueniquer à bord. Par la porte du wagon grande ouverte, de nombreuses photos en longeant la route qui semble toujours monter. Au loin la neige sur les hauteurs, jusqu’à 2164 mètres, pas loin de Bouira. Nombreux arrêts pour les croisements à voie unique et dans les bourgades et petites villes dans cette région de la Grande Kabylie.

Tout l’après-midi pour les 200 kilomètres. Arrivée avant la nuit pour retrouver le même hôtel. Une chambre est bien disponible. Un peu plus chère, mais avec vue sur le port. Vérification du vélo : un patin de frein de la roue avant n’a plus de gomme, usé probablement par la boue. Il y aurait un vélociste à Bab El-Oued. Vite à vélo. Un autochtone d’apparence européenne montre le chemin : à cette heure tardive, la boutique est fermée. Elle devrait ouvrir demain matin. Dîner dans la Casbah avec les pizzas offertes par mon « guide ».

 

29 décembre – Alger Tipaza – 105 km. Excellent petit déjeuner à l’hôtel. Personnel diligent et aimable. A 8h30, devant la boutique de vélo : elle n’ouvre qu’à 11h30. Tant pis. Il ne pleut pas et le patin tiendra encore quelques kilomètres. Beau temps enfin, mais frais. Le vent contre violent des 1ers kilomètres s’apaise. Traversée sans fin des interminables banlieues de la métropole de plus de 3 millions d’habitants. Pas de poids lourds mais trafic intense et les rues dans les bourgades sont ou en travaux ou obstruées par les voitures et les piétons. Vite arrivé cependant à Tipaza, ville célèbre par ses ruines romaines. Pas d’hôtel réservé, car pas d’internet dans le guide. 1er hôtel : trop cher. 2ème hôtel, moitié prix, mais encore trop cher. 3ème tentative : un complexe hôtelier, confortable, à un prix raisonnable (2250 Dinars en demi-pension), mais style et mobilier de type soviétique du temps de l’après indépendance. Un peu à l’écart du centre de Tipaza, au bord d’une plage de sable fin, la mer est trop froide pour s’y baigner.

 

30 Décembre – Tipaza Cherchell Tipaza – 107 km. Frais mais ciel bleu. Route côtière au lieu de la N 11, plus longue, mais calme et pittoresque. Longue halte à Cherchell pour le site romain. Un musée fermé avec des mosaïques hélas invisibles. L’autre musée est ouvert, Mosaïques en plein air.

Retour à l’hôtel de Tipaza par la même petite route. La batterie du chargeur tombe et se casse. Vite en ville pour en trouver une autre. Il y en a bien une dans une boutique. Il fait nuit. Dans l’enceinte de l’hôtel, trois barrières mobiles. La troisième n’est pas éclairée : chute. Les gardiens se précipitent et relèvent et le cycliste et le vélo. Pas de mal, ni de dégât. Ils proposent l’hôpital de l’autre coté de la rue. Refus. Dîner à l’hôtel. Restaurant plein : congrès du FNA, parti d’opposition 1,2 % aux élections législatives du 30 mars 2002.

 

31 décembre – Tipaza Blida - 63 km. Etape supplémentaire en raison d’une journée d’avance sur le programme (étape annulée à Jijel). Difficulté de déglutiner pendant la nuit: le larynx  du être atteint. Petit déjeuner tardif dans la grande salle glacial avec les congressistes. Hôpital or not hôpital ? Tente quelques mètres à pied avec le formulaire d’assurance qui avait été demandé pour le visa. Retour pour reprendre le vélo. Objectif Blida avec un détour pour le mausolée royal mauretanien. Dure montée avec des km d’erreur. Pas de panneaux.

Descente pour Blida. Vent favorable, le beau ciel bleu de la matinée se couvre. Déjeuner sur une terrasse  à Sidi Rached. Léger faux plat jusqu’à Blida, qui a été ville de garnison française. 1er hôtel trop cher. 2ème hôtel modeste mais complet. 3ème hôtel : Hôtel de Paris ! Patio andalou, grande chambre, pas cher, mais pas d’eau aux robinets. Un algérien francophone est l’un des propriétaires et …religieux. Il connait un cousin Ploux également religieux en Dordogne. Le monde est petit. Restauration rapide le soir dans une ruelle envahie par les vendeurs à la sauvette et brocanteurs. Pas de réveillon. Après 19 heures, on ferme.

 

1erJanvier 2011 - Blida Alger – 91 km. L’aubergiste avait proposé de prendre le téléphérique qui monte à 1500 mètres. Les cimes sont noyées dans les nuages. Tant pis. Petit crochet par Bou Ismaïl. A la sortie de la bourgade qui surplombe la mer, la trombe, aperçue depuis longtemps venant du nord-ouest, inonde la route. Arrêt sous un auvent avec d’autres jeunes algériens. Refus à l’un d’eux de prêter la « camera » pour prendre soi-disant une photo. Enfin la tornade cesse. Halte resto rapide à Zeralda, station qui a été un des lieux de villégiature des français.  Enfin le soleil revient à Sidi-Ferruch ou Sidi Fredj. Célèbre port de la cote turquoise : lieu du débarquement des français en juin 1830. La route n’en finit pas ensuite de traverser les faubourgs l’un après l’autre, comme d’habitude encombrés de voitures et de piétons sur la chaussée.

 

Il n’est pas trop tard pour grimper à Notre Dame d’Afrique sur l’une des collines à l’entrée d’Alger. Basilique dans le style néo-byzantin de Montmartre, mais en beaucoup mieux. Toute blanche, comme neuve, vue imprenable sur la méditerranée.

En contrebas, le cimetière chrétien : le père Lachaise des algérois français. Le même hôtel sur le port est retrouvé. Le carton à vélo a bien été gardé. Dîner en ville dans une des ruelles pleine de boutiques et de petites restaurations.

 

2 janvier - Alger Alger - 0 km. Randonnée pédestre à travers la ville Le port avec le bastion turc, juste restauré. La ville haute avec la citadelle de Bey, en ruines et fermée. Les rues et ruelles de Bab El-Oued, la ville chic de El Biar, le magnifique musée national des antiquités. Cela vaut bien une ou deux ou plus photos interdites.

Ainsi prend fin le périple algérien. Le fougueux coursier sur son cheval poursuivant les tigres, ou celui sur le vélo à la recherche de lieux inconnus.

 

3 janvier – Alger Paris. Le taxi recommande de partir trois heures avant le départ de l’avion. Menace de fermeture de la route. Voyage officiel, ou terrorisme ? Tout est bien qui finit bien. Avion à l’heure, vélo intact. Bus jusqu’à la Porte Maillot. Difficile de trouver un taxi qui accepte un carton à vélo venant de Roissy.

 

Budget du voyage : 654 euros, avion, taxis. Budget des 717 km algériens : 300 euros.

Dominique Ploux

 

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