Brevet Randonneur des Alpes 2001

Publié le par Dominique 92

Dominique Ploux

Levallois Sporting Club

 

BRA 22 juillet 2001 - 41ème édition

La grande boucle  260 km - Dénivelé 5050 mètres - Moyenne 20,4 km/h

 

Départ du Palais des Sports de Grenoble construit pour les Jeux Olympiques d’hiver de 1968. L’équipe est constituée de cinq membres du Cyclo Sport de Pantin, organisateur du transfert et de l’intendance locale, et de deux pièces rapportées, une du club d’Andresy, une autre du LSC, le rédacteur de ces lignes. L’un de Pantin fait un aller-retour en avion de Porto. Un autre est happé à Melun.

 

Plus de 1800 inscrits pour les différentes épreuves et heures de départ. La suppression de l’option d’un deuxième jour a réduit la participation. Combien de marins sont partis, combien sont revenus ? pourrait écrire Victor Hugo.  Pour nous, c’est 3 heures, départ conseillé pour les moins de 50 ans. La nuit est noire, mais les feux avant et arrière (non clignotants) éclairent la route. Dés les premiers mètres un courant d’air emporte le cycliste du LSC rejoindre les groupes de tête. Un à un, ils sont rattrapés, mais sagement le dernier de ces groupes n’est pas dépassé. Un motard aux moustaches joviales, tel Jean Paul M. , ouvre la route et bloque la circulation aux carrefours et rond-points. La longue sortie de Grenoble est donc traversée sans feux rouges. A Bourg d’Oisans, le thermomètre  tombe à +9o . La tenue de départ est trop légère. Il est vrai que la météo de l’avant-veille avait prévu un minimum de +5o à 1500 mètres.  Il faut s’arrêter pour enfiler deux couches supplémentaires et les avant-bras, fort de l’expérience du col autrichien franchi en juin sous la neige par +1o . Les groupes de tête sont retrouvés.  Ils commencent à s’effilocher. Une poignée de cyclistes avance à un rythme cadencé à bonne mesure : ce sera bien pour le moment .

 

Au pointage du Lautaret, il est 7 heures 30. Le soleil comme annoncé est déjà estival. Malgré plus d’une demi-heure d’attente, pas de cyclistes de Pantin en vue . En désespoir de cause, la monture est enfourchée pour parvenir au sommet du col du Galibier. L’un d’eux a bien été doublé, mais son maillot non aux couleurs de Pantin n’a pas permis de le reconnaître. Une photo pour commémorer le passage à 2647 mètres. Les restes des vêtements sont utilisés pour la descente : un coupe-vent léger et …. 4 feuilles du quotidien de vendredi. La descente est vertigineuse jusqu’à Valloire. A cette heure matinale pour le commun des mortels, la route est presque vide des automobiles et cars de tourisme. De plus bien sèche, malgré les dernières plaques de neige qui fondent le long des bas côtés. Inutile de trop freiner. La vitesse maxi est probablement atteinte dans cette portion du circuit : 64,4 km/h . Légère remontée jusqu’au col du Télégraphe (1507 mètres) qui dans ce sens n’est pas un col, puisque les cols sont faits pour être franchis. Les forêts reviennent et la descente profite de la fraîcheur des versants ombragés.

 

Dans la chaude vallée à Saint Jean de Maurienne, le pic-nic est servi. La boite de conserve avec le thon pimenté n’a pas la faveur de beaucoup. Il en est de même pour les rations de biscuits militaires. L’eau est aussi mesurée. Donc question ravito, c’est un peu juste. Mais la sacoche avant a déjà rempli et rempliera à plusieurs reprises sa fonction de garde-manger. Départ du contrôle à 11 heures. Les coéquipiers seront ici une heure et demi après. Les écarts se creusent. Le plus dur reste à faire.

 

L’ascension successive des deux cols, le Mollard et la Croix de Fer se déroule sur 40 km. La pente est souvent supérieure à 13o. Au pied du Mollard, un car de tourisme, croisé dans une boucle serrée, tente de mettre fin à la trajectoire effrénée. Il aurait pu au moins klaxonner. Plus tard, d’autres cyclistes auront les plus grandes difficultés à se frayer un passage. Un peu plus haut, une crevaison stoppe la course. Vite réparée, ce n’est que la roue avant. La chaînette n’a pas joué son rôle préventif.

 

Au sommet du col du Mollard (1618 mètres), pause contrôle ravitaillement. Ici sont appréciés les quartiers d’oranges et de pommes. Avec la distance, les contrôles sont de plus en plus attendus avec impatience. Le bidon est rempli au  tuyau d’arrosage. Plus de poudre, c’est de l’aqua simplex. Le temps d’un regard admiratif, une autre photo des hautes cimes enneigées. Re-descente jusqu’au pont de Belleville où convergent les cyclistes qui ont emprunté la route des cinq tunnels, un peu plus courte car elle épargne le col du Mollard.

 

Commence alors l’ascension de la Croix de Fer. Elle porte bien son nom. Aucun répit n’est offert au creux des lacets de la route, ancien chemin de contrebandiers jusqu’en 1860. Debout sur le vélo, mètre après mètre est grignoté le sommet du col toujours caché par les multiples contre-forts. A Saint Sorlin d’Avres (1508m), le bidon commence à se vider dangereusement. De l’eau est recherchée dans une piscine privée, en vain. Que d’eau, que d’eau, supplice de tantale. Il va falloir désormais rouler economic run.  Deux arrêts sont nécessaires pour récupérer et puiser dans le garde manger, à l’ombre étroite des rochers qui offrent à leur pied leur coussin d’herbes drues et piquantes. Un cycliste interrogé annonce qu’il reste 2,5 km. L’espoir revient, aidé par la déclivité qui devient moins rude. La sueur ruisselle sur le front et dans l’œil gauche, non dans le droit. Le bandeau aurait été bien utile. Vers 15 heures les ultimes mètres sont gagnés sous les applaudissements des heureux pédestres qui témoignent de l’effort accompli.

 

Par l’autre versant du col de la Croix de Fer, en plein soleil, le col du Glandon est contourné. Le coupe-vent est remis, bien inutilement, car il est vite enlevé pour remonter sur les hauts du lac de barrage de La Grand Maison. La descente reprend, doublé par de rares cyclistes : handicap des 54 kg. La route est étroite, les freins sont très sollicités. Au creux d’une autre vallée, le Rivier d’Allemont, une autre barre rocheuse oblige à remonter pour gagner le col de la Rochetaillée (711 mètres). Le relief dans sa tourmente incessante, entaillé de gorges profondes, rappelle les fjords norvégiens.

 

Tout en bas, la N 91 du trajet aller est enfin retrouvée, enfin car elle est en pente douce jusqu’à Vizille. Mais le vent est violemment contre. Hélas, point de cyclistes en vue, serait-ce la bonne direction ? Un groupe de quatre cyclistes finit par doubler et rompre l’incertitude et la solitude, offrant un abri précieux. Parmi eux, un VTTiste (les VTTistes devraient bénéficier d’un bonus !) et une vigoureuse cyclote qui prend les relais. Encore hélas, car les trois mâles bifurquent à gauche pour rejoindre les leurs à l’arrêt qui les ont interpellés. Les deux survivants poursuivent leur route à fond la caisse. L’une et l’autre offrent tour à tour leur maigre pare-vent, car ils ont le même gabarit. Têtes sur le guidon, les chaînes sont  presque tout à droite. A l’arrivée la fougueuse cyclote, facilement reconnaissable sans le casque à sa chevelure dorée, telle la Lorelei juchée au sommet du rocher du dragon dominant le Rhin, sera remerciée. 

 

Aux portes de  Vizille

s’achève la brève idylle.

La Lorelei n’est plus,

noyée dans le flot des cyclistes revenus.

 

La distance et la prudence s’imposent de nouveau. Le col d’Uriage  est la dernière épreuve. Il n’est pas très haut (414 mètres) mais les neuf kilomètres semblent sans fin.  Nouvel arrêt fortuit mais non de force majeure pour profiter de la distribution d’eau offerte par des particuliers qui ont installé leur stand sur le bord de la route. Le bidon est rempli de l’eau vive, l’eau pure et fraîche tant désirée. Au rond point de la sortie de la ville super-encombrée, un organisateur tout de vert vêtu comme tous les autres nombreux organisateurs, selon la couleur du sponsor principal (la banque verte), confirme  que la route est large et en  descente jusqu’à Grenoble. Il est temps.

 

A 18 heures  le point d’arrivée est atteint, salué par un tonitruant « Levallois-Perret de la région parisienne » du speaker (le deuxième sponsor du quotidien libéré), à la vue du maillot du LSC. Les coéquipiers seront bientôt de retour, l’un à 19 heures, les trois suivants à 20 heures 30. A 21 heures 30, les sept du groupe enfin reconstitué (avec le participant des Balcons d’Huez) sont réunis autour d’une sympathique table pour fêter le succès du jour. Ce n’est pas la performance qui est ainsi célébrée, mais la satisfaction d’avoir réalisé seul et avec tous l’objectif proposé et partagé.

 

Merci aux organisateurs des Cyclotouristes grenoblois, au Cyclo Sport de Pantin, au Levallois Sporting Club et à la….météo, qui ont permis la réussite de cette épreuve mythique. Au prochain BRA, en 2003.

 

Dominique Ploux

Publié dans Comptes-rendus

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